Stage dames à Liège

 

Par une journée lumineuse sur les hauteurs de Liège, une salle paisible s’est transformée en un lieu de transmission et de présence, dédié à l’apprentissage du port du  kimono féminin, et plus particulièrement de l’art discret mais essentiel du tasuki. 

Accueillies par Béatrice, Agnès, Joanna, Fouen et Camille du Dojo de Liège, qui avaient préparé avec soin un espace propice au recueillement et à l’étude, les participantes  – exclusivement des femmes, de tous niveaux, y compris mudan  et débutantes –  ont été guidées tout au long du séminaire par deux enseignantes haut gradées Anja B. de Luxembourg et Anne B. de Bruxelles. Ce fut une belle occasion pour toutes, quel que soit le grade, de s’initier ou d’approfondir leur connaissance du vêtement traditionnel, qui ne se limite pas à l’esthétique mais engage tout le corps, et jusqu’à l’esprit. 

 

Avant même les premiers gestes, la journée s’est ouverte par le rei, ces salutations de politesse qui installent le cadre juste. Anja B. et Anne B. ont tenu à rendre hommage à SATAKE Mariko, Hanshi 9e dan, récemment disparue à l’âge de 77 ans. Un moment de recueillement silencieux a honoré la mémoire de cette figure du kyūdō féminin, source d’inspiration pour des générations de pratiquants. 

À la suite de cet hommage, une question fut posée par l’une des participantes, avec une sincérité désarmante: « Depuis quand les femmes pratiquent-elles le kyūdō? ». Une question essentielle qui résonnait avec le cœur de la journée. Aujourd’hui, le kyūdō est un art profondément mixte, et de nombreuses femmes – à l’image de SATAKE Mariko –  ont contribué et contribuent encore puissamment à son rayonnement. Cette journée en fut la preuve. 

Le fil de l’enseignement suivit l’ordre du vêtement: les  tabi, points d’enracinement au sol, puis le hakama, ample et densément noir porteur de stabilité. Ensuite vint un moment d’éveil corporel afin d’ancrer la posture, de libérer le souffle méditatif, le tanden, et d’apprendre à sentir la verticalité du dos si essentielle dans la pratique du kyūdō. S’ensuivit l’étude du shitagi, du obi, et enfin du kimono lui-même avec une attention particulière portée à la manière de le croiser, de l’ajuster, de le lier avec le … tasuki, lien soyeux et discret mais indispensable qui n’est pas juste un accessoire pratique pour retenir les manches. Ce bout de tissu de près de 2m20 devint le symbole de la délicatesse du geste, une sorte de prolongement du kokoro – l’esprit du cœur – qui rend possible un geste libre et sincère. 

 

Chaque étape du tasukisabaki fut guidée avec précision et patience par les deux enseignantes, révélant des subtilités d’un habillage qui engage bien plus que les mains. Anja B. prit également le temps de montrer un geste souvent négligé mais essentiel : comment, en position kiza, poser et équilibrer correctement le yumi et les flèches (ya) sur les cuisses avant même de s’attaquer à ce bout de tissu placé délicatement et fermement sur le rebord du hakama. Bien qu’il faille attendre le 4e dan pour porter le kimono pour des cérémonies de tir, se préparer tôt au port de ce vêtement, apprendre à le comprendre et à l’habiter, devient un élément essentiel du parcours de tout pratiquant. 

Chaque nœud noué, chaque pli ajusté devenait une offrande silencieuse à la tradition. Et, dans le partage de gestes ancestraux, une conscience nouvelle a doucement pris forme : porter le kimono, c’est aussi porter en soi une mémoire collective – celle des femmes qui, avant nous, ont marché sur la même voie, la Voie du Kyūdō. Chacune, dans le silence de l’attention, repartit avec plus que du savoir : une expérience inouïe. L’impression d’avoir touché, par le tissu, quelque chose d’intemporel.

Enfin, le format exclusivement féminin de cette journée a offert un espace de liberté bienvenu. Pouvoir aborder sans gênes les petites réalités du quotidien, souvent tues mais universelles, a apporté une touche de complicité joyeuse au sérieux de ce séminaire. Le ravissant kakiyasume, cette pièce cylindrique que l’on glisse dans le gant et qui nous a été offert chaleureusement par Béatrice S. après la prise de la photo finale restera le témoin de cette splendide journée. 

 

Ajoutons pour clore ce compte-rendu de ce séminaire ces quelques délicates paroles de SATAKE Mariko, Hanshi 9e dan: « Je chéris l’expression ‘Le tir est l’ombre de notre esprit’. La façon dont nous vivons au quotidien se reflète clairement dans nos tirs. Si nous vivons avec grâce et dignité, cela se voit. Le mot SHIN-ZEN-BI signifie rester fidèle à soi-même. Grâce à l’entraînement, le Kyūdō révèle votre nature profonde, celle avec laquelle vous êtes né. »

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